arom2018

Author: arom2018

Par Anne Jeanblanc – Le Point

Cent ans après la Grande Guerre, les chirurgiens maxillo-faciaux restent toujours confrontés à des « gueules cassées ». Elles sont de moins en moins souvent dues à des accidents de la route (le port de la ceinture de sécurité protège les visages), mais peuvent être causées par divers traumatismes, des maladies (notamment des cancers), des malformations congénitales ou encore des tentatives de suicide par arme à feu. Afin de mieux faire connaître cette spécialité, l’Association française pour le développement de la stomalogie avait organisé une exposition photo à Paris, « La Re-Figuration », et a lancé une campagne d’information.

Douze années d’études nécessaires

La chirurgie maxillo-faciale, qui est aujourd’hui exercée par 1 100 spécialistes très inégalement répartis sur le territoire national, n’attire les projecteurs qu’épisodiquement, regrettent ceux qui la pratiquent. C’était le cas en novembre 2005, lorsque le professeur Bernard Devauchelle et son équipe réalisent au CHU d’Amiens la première greffe de la face au monde sur Isabelle Dinoire, une patiente défigurée par son chien. Si « l’indication chirurgicale était d’une fabuleuse audace, la situation clinique n’avait, elle, rien d’exceptionnel », explique le professeur Patrick Goudot, chef de service à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, AP-HP et président du Conseil national professionnel de stomatologie, chirurgie orale et maxillo-faciale, dans un dossier qui avait été réalisé à l’occasion de cette exposition.

12 années d’études sont nécessaires pour former un tel spécialiste. Une approche complète qui lui permettra de s’occuper de toute la face, des os comme des parties molles, depuis la pointe des cheveux jusqu’à la base du cou et depuis les oreilles jusqu’au bout du nez. « C’est ce qui le rend aussi apte à réaliser les interventions nécessaires pour prélever sur un péroné, une omoplate ou une crête iliaque, les lambeaux libres qu’il greffera sur une face pour y reconstruire une mâchoire, ou la peau d’un intérieur de cuisse ou d’avant-bras pour restaurer la muqueuse d’une bouche, ainsi qu’à prendre en charge toutes les suites opératoires », peut-on lire. Pour « re-figurer » un être humain, il doit à la fois gérer des os et leur articulation, des tissus, des muscles et des dents, savoir réparer un nerf, se préoccuper de micro-vascularisation et de capacités respiratoires. Un travail minutieux qui permet non seulement de réparer le visage, mais aussi de reconstruire l’image et de restaurer l’identité.

 

Source : https://www.lepoint.fr/editos-du-point/anne-jeanblanc/chirurgie-maxillo-faciale-le-temps-des-gueules-reparees-07-11-2018-2269410_57.php?fbclid=IwAR3xdvMOVxgqvnd6PlpW2ily83dJuwJX18Zsk4khbaEe8XxMkcLOlqBs2YA